N.B. : Cette histoire est basée sur les opinions personnelles de l’auteur : KWIZERA Yamini.
Le 27 mars 2025, les délégués de l’AFC/M23 se sont rendus à Doha, au Qatar, pour rencontrer le chef suprême du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani.
La délégation était dirigée par Bertrand Bisimwa, vice-président de l’AFC/M23, et le colonel Nzenze Imani John, chef du renseignement et des opérations militaires de ce groupe armé.
Ces pourparlers font suite à une réunion tenue le 18 mars entre Sheikh Tamim, le président Paul Kagame et le président de la RDC, Félix Tshisekedi, au sujet de l’insécurité persistante dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).
Le porte-parole adjoint de l’AFC/M23, Dr Oscar Balinda, a démenti les informations selon lesquelles le groupe aurait été officiellement invité par le Qatar. Il a précisé que l’AFC/M23 avait souhaité participer aux discussions, comme il l’avait demandé précédemment.
Alors que les pourparlers entre l’AFC/M23 et le gouvernement de la RDC sont en préparation, plusieurs raisons expliquent pourquoi ce groupe (AFC/M23) ne devrait pas accepter d’intégrer le gouvernement congolais.
Raisons principales pour lesquelles l’AFC/M23 ne devrait pas accepter cette proposition :
- Manque de confiance dans la volonté du gouvernement congolais d’appliquer les accords
Dans le passé, plusieurs accords de paix ont été signés mais n’ont jamais été respectés. Les accords de Nairobi et de Luanda en sont des exemples concrets, illustrant comment le gouvernement de la RDC a systématiquement manqué à ses engagements.
Cela amène l’AFC/M23 à s’interroger sur la possibilité que son intégration au gouvernement puisse réellement apporter des solutions durables aux revendications des populations qu’il représente et aux problèmes de la région en général.
- Poursuite des hostilités et provocations par le gouvernement congolais
Malgré la tenue de discussions de paix, l’armée congolaise (FARDC) continue de mener des attaques contre les combattants de l’AFC/M23, en collaboration avec d’autres groupes armés tels que les FDLR.
Cela démontre que le gouvernement congolais n’a pas la volonté sincère d’aboutir à une paix durable par le dialogue, mais cherche plutôt à affaiblir l’AFC/M23 par des moyens militaires et des manœuvres politiques.
- Sanctions internationales contre les dirigeants de l’AFC/M23
Certains dirigeants de l’AFC/M23 ont été sanctionnés par le gouvernement congolais et des organisations internationales. Ces sanctions incluent l’interdiction de voyager vers les pays occidentaux et le gel de leurs avoirs.
Ces mesures, prises à la demande du gouvernement de la RDC, montrent que Kinshasa n’a aucune intention de coopérer politiquement avec l’AFC/M23, ce qui compromet la crédibilité de tout processus de dialogue.
- Refus d’intégrer un gouvernement sans réel changement de gouvernance
L’AFC/M23 considère que rejoindre le gouvernement congolais sans véritables réformes institutionnelles ne résoudra pas les problèmes structurels du pays.
Le fait que Kinshasa continue de collaborer avec des groupes armés tels que les FDLR et utilise un discours discriminatoire doit inciter l’AFC/M23 à douter de la sincérité du gouvernement à engager des changements profonds.
- Recherche de solutions durables par des négociations inclusives
L’AFC/M23 souhaite des négociations approfondies impliquant toutes les parties prenantes, dans le but de parvenir à une paix durable et de résoudre les problèmes de sécurité dans l’est de la RDC.
Une intégration précipitée dans le gouvernement pourrait n’être qu’une solution temporaire, sans s’attaquer aux racines des problèmes de sécurité et de droits des populations concernées.
- Volonté d’un changement de gouvernance
L’AFC/M23 affirme vouloir des réformes profondes en RDC pour assurer l’égalité des droits et la paix pour tous les citoyens.
Cela signifie que l’objectif du mouvement n’est pas simplement d’intégrer le gouvernement actuel, mais plutôt d’apporter des changements structurels à la gouvernance du pays.
L’AFC/M23 a déjà mis en place une administration dans les zones sous son contrôle, ce qui prouve sa capacité à gérer et à proposer des solutions de gouvernance et de sécurité.
Cela montre que l’AFC/M23 a confiance en sa propre capacité à gouverner et que rejoindre un gouvernement qui ne veut pas réellement résoudre les problèmes ne servirait à rien.
Le fait que le gouvernement congolais continue de collaborer avec des groupes armés et de mener des opérations militaires dans l’est du pays renforce la méfiance de l’AFC/M23 envers cette proposition d’intégration. Cela laisse penser que cette offre pourrait être une manœuvre politique plutôt qu’une véritable solution pour la paix.
Vers une solution durable pour la paix
L’AFC/M23 estime que pour instaurer une paix durable dans l’est de la RDC, il faut des négociations inclusives réunissant toutes les parties concernées, y compris le gouvernement congolais, les groupes armés et les populations locales.
Une intégration précipitée dans le gouvernement ne résoudrait pas fondamentalement les problèmes. Ce qu’il faut, ce sont des discussions qui s’attaquent aux causes profondes des conflits en RDC.
Alors que les négociations continuent d’être préparées, l’AFC/M23 maintient que la meilleure approche pour résoudre les problèmes dans l’est du Congo n’est pas de se précipiter pour rejoindre le gouvernement, mais plutôt d’œuvrer à des réformes profondes de la gouvernance et de mettre en place un cadre de paix et de sécurité durable.
Pour que les discussions de Doha soient fructueuses, il est nécessaire que les deux parties fassent preuve de volonté politique.
Tandis que l’AFC/M23 insiste pour que ses préoccupations soient résolues avant d’aborder d’autres points, le gouvernement congolais continue d’exiger que ce mouvement dépose les armes tout en demandant aux pays occidentaux de sanctionner le Rwanda.
Intégrer l’AFC/M23 dans le gouvernement congolais sans résoudre les causes profondes du conflit ne serait qu’une solution de façade. Il est essentiel de trouver une approche durable qui tienne compte des véritables raisons qui ont poussé ce groupe à prendre les armes.
Une solution durable passe par un dialogue sincère et l’application effective des décisions qui permettront de stabiliser la situation dans l’est de la RDC. Cette résolution doit venir des Africains qui se soucient réellement du continent, et non de ceux qui cherchent à en tirer profit.